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Un petit tour en Grèce

Nous quittons la Turquie pour la Grèce, deux pays intimement liés par leur histoire commune depuis l’antiquité. Ils faisaient partie de l’empire romain d’Orient jusqu’au 15e  siècle, puis de l’empire ottoman jusqu’à sa chute lors de la première guerre mondiale, à l’issue de laquelle ont été définies les frontières entre les deux pays. Comme souvent dans les cas où les politiciens fixent arbitrairement les frontières, il en a résulté des tensions entre les peuples et, quelques années plus tard, un conflit armé. En 1922, un traité de paix donne à la Grèce la quasi intégralité des îles et à la Turquie toute la péninsule anatolienne, forçant par ailleurs un important « échange » de population. En pratique, des millions de gens qui vivaient jusque là très bien ensemble sont expulsés d’un côté ou de l’autre en vertu de leur origine ou de leur religion. Autant dire que les tensions entre les deux pays se ressentent encore bien vivement…

En une demi-heure de bateau, nous quittons ainsi officiellement le continent asiatique et entrons donc soudainement en Europe.

Kos

Nous passons presque une semaine sur l’île de Kos, dont quatre jours dans un petit appart-hôtel de station balnéaire à deux pas de la plage et tout près des montagnes. Tout le monde y trouve son compte : les enfants passent des heures à jouer dans la piscine et les parents se remettent progressivement à la course à pied en allant explorer les chemins de randonnée. Cerise sur le gâteau, notre hébergement se trouve être à quelques centaines de mètres de celui d’Alexis et Céline, nos compagnons de route pendant deux semaines en Turquie ! C’est vraiment très sympa de se revoir ! Emilie et Héloïse sont ravies de retrouver leurs copines et nous prenons des notes concernant l’île de Kalymnos, un peu plus au nord, où ils ont séjourné pour faire de l’escalade.

L’île a gardé des traces de son passé antique, avec de nombreux sites archéologiques. Le plus connu est celui d’Asklepieion, un des plus grands hôpitaux de l’empire romain. Il y a près de deux mille ans, on y venait de très loin pour se faire soigner par un certain Hippocrate, connu pour avoir défini les principes éthiques de la médecine. Nous sommes contents de quitter l’ambiance très touristique de la côte pour découvrir le centre de l’île à vélo et à pied. Une belle randonnée depuis le village de Zia nous mène ainsi à travers les forêts de pins parfumées et ombragées jusqu’au Mont Dikeos, point culminant de l’île à 846 mètres. Le point de vue permet de bien réaliser la proximité entre les îles grecques et la côte turque au découpage très accidenté.

Mais ici il n’y a pas de minarets. Ils sont remplacés par les églises chrétiennes orthodoxes, souvent peintes en blanc et bleu comme sur les cartes postales. C’est joli et ça ne fait pas de bruit au milieu de la nuit, mais elles sont la plupart du temps fermées à clef et on n’y trouve généralement pas d’eau ou de toilettes comme dans les mosquées 🤔.

Kos appartient aux îles du Dodécanese, et non des Cyclades comme nous le pensions naïvement. Comme son nom l’indique, le Dodécanese inclut une douzaine d’îles. Elles sont situées au large de la Turquie et reliées entre elles par des ferrys.

Kalymnos

L’un d’eux nous amène sur l’île de Kalymnos, qui se distingue par son climat aride et sa végétation éparse. Son profil rocailleux et ses falaises plongeantes sur la mer en font le paradis des grimpeurs. Nous les voyons sillonner l’île en scooter pour accéder aux sites d’escalade et faire la course avec le soleil pour grimper à l’ombre sur des parois mondialement connues. Plus humblement, nous trouvons de jolies routes pour pédaler et des endroits mémorables pour planter notre tente. Quel bonheur de manger nos pâtes en regardant le soleil plonger dans la mer depuis une petite plage déserte ! 

La sécheresse de l’île est presque choquante. Ici, il n’y a pas de forêts et presque pas d’agriculture. L’eau y est une denrée précieuse et des forages de plus en plus profonds sont nécessaires pour approvisionner l’île en eau courante. La mer a infiltré les puits et l’eau du robinet est maintenant trop salée pour être buvable. Des petits distributeurs sont installés en ville pour fournir gratuitement de l’eau potable. Quand ils sont en panne, ce qui est assez fréquent, le recours à l’eau en bouteilles est nécessaire. A cette situation déjà très tendue s’ajoute un développement touristique pas vraiment contrôlé avec une demande croissante en eau. Récemment, la construction de nouveaux hôtels avec leurs piscines d’eau douce a fait scandale, la mer n’étant située qu’à quelques mètres pour la baignade. Ce problème n’est pas unique à Kalymnos et, dans la plupart des petites îles grecques, les resources en eau sont à l’origine de tensions entre les besoins de la populations et ceux de l’industrie du tourisme. L’installation d’usines de dessalement il y a une dizaine d’années ne suffit déjà plus à soutenir la demande, d’autant plus que le réchauffement climatique se traduit ici par une diminution des précipitations hivernales. Cette année, des bateaux livrent de l’eau depuis le continent… 

Le tour de l’île ne fait qu’une quarantaine de kilomètres, mais nous mettons trois jours pour les parcourir, prenant le temps de faire une escapade sur l’îlot de Telendos pour une randonnée aventureuse. Les chemins un peu plus escarpés que prévus motivent bien les enfants à marcher et à finir la boucle avant que le soleil ne cogne trop. Pendant toute la ballade nous sommes gratifiés par les vues plongeantes sur les eaux cristallines de la mer Égée et sa riche palette de couleurs, allant du bleu turquoise au bleu profond.

Patmos

Après la cosmopolite île de Kos et la sportive île de Kalymnos, nous nous arrêtons à Patmos, une jolie petite île à l’atmosphère bobo et calme. Nous profitons d’être à vélo pour en explorer tous les recoins. Les routes du littoral montent et descendent avec des pentes sans pitié, mais nous sommes sans cesse récompensés de nos efforts par les paysages de toute beauté. La côte regorge de petites criques sauvages où quelques voiliers viennent parfois trouver refuge, les vents saisonniers du nord soufflant assez fort. Ce sont des endroits magiques pour se baigner et dormir sous les étoiles. Sans moustiques ni sable fin qui vient s’immiscer partout, avec en plus des températures douces pour l’air comme pour l’eau, les conditions sont idylliques et le temps semble suspendu. Nous comprenons pourquoi de vieux millionaires viennent y construire leurs résidences secondaires, loin du stress et de la pollution.

La circulation est faible sur ces îles, mais nous regrettons la spontanéité et la bienveillance des conducteurs Turcs, qui avaient souvent un petit geste amical pour nous et nous laissaient beaucoup de place sur la route. En Grèce, les klaxons veulent plutôt dire « poussez vous »… Nous sommes surpris, donc, quand une vieille voiture fait demi-tour, s’arrête devant nous, et qu’un homme en descend pour nous féliciter chaleureusement d’être à vélo en famille. Il est Anglais, vit en Grèce depuis quarante ans, vient d’acheter du fromage et une pastèque chez le fermier, et insiste pour que nous le suivions jusque chez lui prendre le petit-déjeuner !

Il y a en fait déjà des amis chez lui et c’est une nouvelle fois l’occasion de faire plein de rencontres intéressantes et atypiques. Nous apprenons que le calme actuel précède en fait une frénésie touristique qui rend l’île méconnaissable aux yeux des trois mille résidents permanents. Les ferrys déversent alors quotidiennement des milliers de vacanciers, une poule aux œufs d’or à exploiter au maximum. La haute saison ne dure que six semaines, à partir de mi-juillet, et décide de la moitié des revenus annuels de l’île. 

Patmos est aussi nommée l’île de l’Apocalypse 😱… car c’est ici que l’apôtre Jean, en exil, y aurait écrit le dernier chapitre du Nouveau Testament au 1er siècle après J.C. Au 11e siècle, le moine Christodoulos a fondé un monastère tout près de la grotte où Jean aurait vécu. Depuis mille ans, les rites religieux se sont perpétués jusqu’à nos jours et le monastère s’est enrichi de reliques, comme le crâne de St Thomas, ainsi que de vieux manuscrits dont certains remontent au 6e siècle. Ce monastère, classé au patrimoine de l’Unesco, est toujours un lieu de pèlerinage important pour les chrétiens orthodoxes. C’est pour nous une visite culturelle intéressante, complétant à point nommé notre tour du monde des grandes religions. 

Il ne faut pas venir à Patmos sans visiter Choras, un village médiéval qui s’est installé au 15e et 16e siècle autour du monastère de Saint Jean sur les hauteurs de l’île. Les maisons sont toutes peintes en blanc et agencées en un labyrinthe de ruelles étroites. Essentiellement résidentiel, c’est à dire sans cafés, sans hôtels et sans boutiques de souvenirs, le village se découvre à pied pour dénicher des petites églises ou de jolies places ombragées. Pour compléter la carte postale, des moulins à vent ont été restaurés à l’entrée du village avec une vue spectaculaire sur presque toute l’île. C’est notre gros coup de cœur des îles du Dodecanèse.

Le Pirée

Après avoir bien trainé dans les îles, l’heure du retour approche à grand pas. Nous passons une nuit dans le ferry pour rejoindre le port du Pirée à côté d’Athènes mais nous faisons l’impasse sur la visite de la capitale grecque pour cette fois. La météo estivale ne se prête pas vraiment à arpenter les sites gréco-romains sous un soleil de plomb. 

Nous filons donc directement pour Patras où nous avons réservé un ferry pour rejoindre Ancona en Italie quelques jours plus tard. La route entre les deux ports n’est pas la plus spectaculaire que nous ayons eu la chance de voir, mais elle n’est pas non plus désagréable. Les zones industrielles autour du Pirée sont moches comme partout dans le monde, avec de grosses raffineries pétrolières tournant à plein régime et des camions tout azimut, mais les zones résidentielles en bord de mer sont relativement tranquilles et sont ponctuées de temps à autre de jolies sections plus sauvages. 

Par un mauvais hasard de calendrier, l’anniversaire d’Emilie coïncide avec la traversée du Pirée en pleine chaleur sur des routes bruyantes et polluées… bref tout ce qu’elle n’aime pas 😟. Heureusement, nous trouvons un beau coin de bivouac au bord de l’eau où elle souffle ses dix bougies avant d’aller se baigner au coucher du soleil et de lire Harry Potter dans la tente… bref tout ce qu’elle aime bien ☺️.

L’itinéraire traverse le canal de Corinthe, mis en service au 19e siècle afin d’éviter aux bateaux quittant Athènes pour rejoindre l’Italie de faire le tour du Péloponnèse. Creusé dans la roche sur une profondeur de plus de cinquante mètres, c’est un ouvrage vraiment impressionnant. Malheureusement, à cause d’un accident de camion qui a récemment emporté un pont, nous sommes contraints de traverser le canal en empruntant l’autoroute sur quelques kilomètres et nous ne profitons pas vraiment de la vue ! La route entre Athènes et Patras est un passage logique pour beaucoup de voyageurs et nous y avons rencontré plusieurs autres cyclistes — qui ont d’ailleurs aussi tous dû rouler sur l’autoroute 🤷. C’est souvent l’occasion d’échanger des conseils et de se remémorer les expériences vécues 😀

Nous terminons notre courte itinérance en Grèce sur une note douce et agréable avec un joli bivouac en bord de mer tout près de Patras pour dormir une dernière fois sous les étoiles bercés par le bruit des vagues.

Et puis, tout d’un coup, c’est l’heure. Après presque un an de vadrouille, nos huit petites jambes nous ont tout doucement amenés jusqu’au port de Patras, où est amarré l’immense bateau qui marque la fin de l’aventure et le début du retour…

😥🤗😫😍🙃

La Grèce ne faisait pas initialement partie de notre projet de voyage, ayant privilégié les pays d’Asie, plus loin, aux dépends des pays européens où nous aurons plus facilement l’occasion de retourner. Cependant, nous avons saisi l’opportunité d’être sur place pour découvrir les îles proches de l’Asie et pour rejoindre ensuite la France par voies maritimes et terrestres. Nous n’avons aperçu qu’une partie infime de la Grèce, et bien trop brièvement pour pouvoir généraliser nos impressions sur le pays. Ce fut par contre un retour en Europe tout en douceur dans une ambiance méditerranéenne avec des paysages côtiers magnifiques. 

Depuis Ancona, nous prendrons le train jusqu’à Genève, pour finir en beauté par quelques coups de pédales jusqu’à chez les parents de Sylvain près d’Annecy. C’est donc tout bientôt l’heure des retrouvailles avec nos proches et celle du bilan d’un an de vadrouille 🤗. Nous vous raconterons une dernière fois…

11 commentaires sur “Un petit tour en Grèce”

  1. Quelle belle idée de terminer par la Grèce, berceau de l’olympisme.
    Avec votre entrainement, vous pouvez filez sur Paris !
    Félicitations pour votre courage, pour vos merveilleux récits et si magnifiques photos. Le monde est beau.
    Bon retour au bercail.
    Bises

    1. Sylvain Reboux

      Merci Michelle, le monde est en effet très beau ! Et je vais d’ailleurs suggérer au CIO de créer une discipline « cyclisme avec vélo de plus de 100 kilos » où le gagnant sera celui qui trouve le meilleur coin pour camper ! 😁

  2. Le soleil sera présent, dans le ciel mais surtout dans les coeurs, pour la dernière étape. 🥰 ❤️
    Quelle joie d’aller à votre rencontre à vélos, avec Francine ! 🚴🚴🚴
    Et votre périple se terminera à Argonay par un grand moment : Emilie soufflant ses 10 bougies en présence de ses parents et 4 grands-parents 🥳🍰
    Bravo pour avoir su si bien gérer et profiter au maximum de cette année de vadrouille en famille ! 🙏
    Gros bisous et à tout bientôt. 🥰

  3. Vos récits et photos qui nous ont fait voyager avec vous vont nous manquer!
    Nous sommes tous impatients de vous retrouver après cette année d’absence… sauf peut-être le veau gras qui s’inquiète sur son sort ! 🤣

  4. Merci à vous quatre pour ce voyage par procuration !
    Vos photos, vos récits, vos anecdotes nous ont enchantés toute l’année.
    Bon retour, bonnes retrouvailles en terres connues et cœurs familiers.
    Bravo à tous les quatre.

  5. Hola familia, que alegría saber que éste bonito e interesante viaje que habéis realizado todos juntos ha llegado a su final.
    Gracias por haber compartido con todos nosotros vuestras vivencias.
    Ahora es hora de recopilar todos los datos y empezar a realizar un largometraje, que seguro que con todo lo que habéis recopilado da para eso y mucho mas.
    Bromas a parte; Vuestro viaje ha sido enriquecedor, tanto para vosotros que lo habéis vivido en primera persona, como para nosotros que lo hemos hecho indirectamente.
    Ha sido un verdadero placer para mí, estar en este blog.
    Bueno familia un abrazo muy fuerte, desde Valencia, España

  6. Un immense merci pour avoir partagé votre aventure avec nous et un grand bravo à vous quatre pour ce périple à vélo et les belles rencontres que permet ce moyen de locomotion.
    Profitez bien des retrouvailles familiales. Amitiés, Marcel

  7. quel très beau périple
    ce fut une très belle renonctre de votre famille au vietnam vous sur vos vélos et nous sur notre moto
    nous avons hâte de vous revoir au mois de septembre à Argonay pour partager vos plus beaux souvenirs

  8. Quel beau voyage et quelle belle année! Merci d’avoir partagé ces récits avec nous.
    Il y a de la nostalgie dans les dernières photos, ce qui se comprend bien.
    Heureux de vous retrouver comme voisins, à bientôt!

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